la traduction s’invite dans les classes

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Liceo cantonale di Locarno

Ce mois-ci, grâce à l’initiative des traductrices Camille Luscher et Marion Graf, j’ai eu la chance de rencontrer des élèves de deux établissements qui participaient au programme du Roman des Romands: L’ESTER, à La Chaux-de-Fonds, et le Liceo cantonale di Locarno, pour leur parler de mon métier. Pour moi qui ai eu une relation plutôt compliquée avec l’école, franchir la porte d’entrée était déjà un défi en soi!

L’intervention se faisait dans le cadre d’un cours de lettres, ce qui avait le mérite de sortir d’emblée du « simple » transfert linguistique pour aborder également les enjeux littéraires et éditoriaux propres à la traduction. Sans surprise, les questions sur la rémunération et la possibilité de vivre de ce métier étaient celles qui revenaient le plus… l’occasion d’élargir le débat au travail en général et aux compromis que l’on n’accepte de faire (ou pas). D’autres portaient notamment sur ce qui différencie une langue d’un dialecte, ce qu’on laisse d’altérité, ce qu’on met de soi. Bref, il y avait de quoi dire.

Après une introduction plus ou moins longue selon les questions qui venaient, nous avons examiné les différents stades d’une traduction, du premier jet au texte final à travers l’étude du paragraphe qui ouvre Le Garçon sauvage et qui m’avait donné bien du fil à retordre. L’exercice auquel je voulais me prêter depuis longtemps m’a permis de revenir sur des choix à priori anodins. En rouvrant cette boîte de Pandore, j’espère avoir su montrer le poids des décisions du traducteur, le maillage d’un texte, les lectures qui le nourrissent, ses différentes strates et les clés qu’on porte et qu’on laisse tomber ici ou là. L’occasion aussi de poser la question du lâcher-prise dont il faut savoir faire preuve pour trouver le sommeil après validation du texte final.

Histoire de mettre la main à la pâte, les élèves francophones de La Chaux-de-Fonds ont ensuite planché sur la traduction de strips de Tom Gauld et les italophones de Locarno sur celle, par rétropédalage, des versions française, américaine et allemande du premier paragraphe des Huit montagnes. J’ai été surprise de leur enthousiasme… mais aussi de la vitesse à laquelle ils se sont évaporés quand l’heure a sonné, trop vite. Si vite que je n’ai pas eu le temps de les remercier pour leur intérêt et leur écoute bienveillante, ni pour leurs questions qui m’attendaient encore à la sortie. Voilà qui est fait.